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Shark study Palau PEW


PEW a pris commande et financé des études concernant la valeur éco touristiques des requins, pour en justifier la protection totale à tout crin. Nous allons détailler et analyser ici l'étude sur les requins de Palau qui a eu une exploitation majeure en "Science-based-lobbying" de la part des organes de communication de PEW.

Lien vers l'étude : http://www.pewenvironment.org/uploadedFiles/PEG/Publications/Report/Palau_Shark_Tourism.pdf

référence bibliographique :
Vianna GMS, Meekan MG, Pannell D, Marsh S, Meeuwig J (2010) Wanted Dead or Alive? The relative value of reef sharks as a fishery and an ecotourism asset in Palau. Australian Institute of Marine Science and University of Western Australia, Perth.

Nota : les mêmes auteurs publieront une étude identique pour le Pew Charitable Trusts, l'année suivante, sur les Fidji.

Résumé

Ce rapport de 2010 constitue en fait un document plutôt au format de rapport de fin d'études, le rédacteur principal n'étant pas à l'époque en thèse. Les contributions des scientifiques seniors semblent inexistantes.

2 hypothèses majeures conditionnent l'ensemble des résultats de l'étude : le nombre de requins observables et le nombre de touristes qui vont pratiquer la plongée. Ce dernier indicateur conditionne l'intégralité des calculs de retombées économiques et socio-économiques.

Le nombre de touristes pratiquant la plongée est totalement incertain, basé sur des communications personnelles qui relèvent du simple ressenti, ou sur des données d'enquêtes de 2004. Les rédacteurs de l'étude 2004 estiment d'ailleurs que leurs données ne sont qu'un pilote fortement entaché d'incertitudes. L'étude 2004 est elle-même basée sur un taux d'échantillonnage des touristes inférieur à 0,2%.

Malgré les incertitudes initiales sur le nombre de touristes pratiquant la plongée, et malgré les résultats de leurs propres enquêtes (qui donnent un taux de touristes plongeurs inférieurs à 25% alors que les résultats de l'étude 2004 appliqués aux données touristiques moyennes 2007 à 2009 les situent plutôt à 51%), les auteurs ne questionnent jamais cet indicateur et le considèrent comme acquis. Voire masquent à dessein le risque qui lui est associé par des discussions sur les autres indicateurs ou l'illusion d'un vernis scientifique.

L'utilisation des résultats de cette étude par les commanditaires PEW, ou qui sont en fait tous liés à PEW Charitable Trusts et/ou à l'éco tourisme de requins, va permettre une publication scientifique en 2012 sans en changer l'analyse critique des résultats. Cette publication sera reprise en boucle par les médias et au moins 56 autres publications scientifiques, malgré les fortes incertitudes. In fine, cette publication servira de justification au président de Palau pour interdire toute forme de pêche étrangère dans la ZEE de Palau en 2014.

Les financeurs de l'étude

Les financeurs annoncés sont :

  • The PEW Charitable Trusts, (PCT)
  • The Micronesian Shark Foundation (MSF)
  • The Australian Institute of Marine Science (AIMS)
  • The University of Western Australia (UWA)
Les montants respectifs des contributions financières ne sont pas connus. Il est mentionné que la contribution financière est directe ou en équivalent, ce qui signifie valorisation du temps des experts ou de l'encadrement administratif mis à disposition.

Le rôle du MSF a semble-t-il été aussi de favoriser les déplacements sur place et les contacts terrains. Le MSF est cité ici dans cette étude au travers d'une personne, Tova Bornovski, qui dans les remerciements apparait aussi comme opérateurs d'une des sociétés de plongée (Fish'n Fins) qui est impliquée dans la valorisation éco touristique du requin. Ce qui constitue un biais majeur de l'étude : 2 financeurs majeurs PCT et MSF sont directement intéressés par une valorisation positive des résultats de l'étude. PCT car il mène des campagnes lobbyistes pour protéger les requins. MSF car ils ont un intérêt économique manifeste sur ce sujet.

Les campagnes de PCT concernées :
  • Global Ocean Legacy
  • Shark alliance
  • Global Shark Conservation
Qui est MSF ? C'est avant tout une ONG locale, uniquement basée à Palau. Ses créateurs sont :
  • une famille israélienne qui a créé en 1972 un centre de plongé et un hôtel (Fish'n fins),
  • le capitaine du navire opéré par la même famille (ocean Hunter Palau)
  •  et probablement un associé initial et local de Fish'n fins.
  • Enfin, l'un des fondateurs initial de MSF est Mark Meekan, co-auteur de l'étude et rattaché à l'AIMS.
On trouve dans les sponsors de MSF Save Our Seas Foundation, (l'ONGE du milliardaire saoudien qui a racheté l'Île des Seychelles des Bettencourts ), mais surtout PCT (PEW), Shark Alliance (qui est une coalition d'ONGE créée et organisée par PEW qui en assure la communication et la rédaction des messages), l'AIMS et Shell Palau (dont le logde Fish'n Fins est aussi distributeur de carburant). On y trouve aussi des appuis liés à l'écotourisme, tels que Palau Pacific Resort ou Palasia Hotel. Bref, il s'agit d'une entité faux nez d'une famille impliquée dans l'écotourisme. C'est le partenaire local de PEW, à tout point de vue d'ailleurs.

L'AIMS est un organisme de recherche public australien qui établit plusieurs partenariats avec PEW pour lequel il assure de la rédaction d'études utilisées ensuite comme arguments lobbyistes : études requins sur Palau et Fidji comme déjà mentionné, mais aussi études pour la mise en oeuvre d'une AMP stricte du programme de PEW Global Ocean Legacy mer de Corail (cf p12).

Compte-tenu des différents lien pointés ci-dessus, il est fort possible que PEW soit le financeur principal, voire essentiel via des mécanismes de reversement à des tiers ensuite donateurs, tiers étant là pour donner la caution scientifique ou locale ou ONGE.

Les auteurs

Dans l'ordre de citation de la publication.

Gabriel Vianna : aujourd'hui (2014) thésard à l'UWA, dans la chaire de biologie animale/océanographie. En 2010, il n'était donc pas un scientifique confirmé.  La référence le rattache à 2 instituions simultanément à cette époque, l'AIMS et le Center for marine Futures, lui aussi rattaché à l'UWA. simple stagiaire en fin de formation, compétence écologie et biologie marine.

Mark Meekan : principal chercheur à l'AIMS, biologiste, membre fondateur de MSF, il est aussi membre du conseil scientifique de l'ONG Save Our Seas (sponsort de MSF).

David Pannell, de l'UWA; Economiste au sein du Centre for Environmental Economics and Policy (CEEP). 

S Marsh, à l'époque rattaché avec David Pannell au CEEP, non identifié. Probablement étudiant en stage de fin d'études, comme l'auteur principal.

Jessica Meeuwig, chercheur à l'UWA, spécialité inconnue, généraliste océanographe ?.

La position dans la citation de Gabriel Vianna en premier auteur en fait le rédacteur principal. Ce document était donc un mémoire de fin d'études bénéficiant de l'encadrement de chercheurs plus établis. les scientifiques senior étant mobilisés pour l'encadrement.

Le rapport de 2010 n'est pas une publication scientifique. Il sera repris en 2012 pour une publication scientifique.

Matériaux et méthodes

Le mémoire utilise des données bibliographiques, des questionnaires recueillis lors de 2 mois d'enquêtes de terrain (de mai à juin 2010) et des ratios techniques issus de la bibliographie datant de 2004 et de communications personnelles.

L'objectif de ce mémoire d'études est de calculer le poids économique de l'industrie de l'éco-tourisme spécialisé sur l'observation des requins. Il est ensuite rapporté à un indicateur simpliste, la valeur d'un requin vivant. Ce qui sera ensuite comparé à la valeur économique d'un requin pêché.

Au-delà des formules diverses et des indicateurs qui donnent une teinte scientifique au document, le traitement d'information principal est le suivant :

a) Le nombre de touristes pratiquant la plongée

Dans le rapport, c'est le tableau suivant qui sert de base de référence au dimensionnement global de l'activité éco-touristique "plongée" :

Il s'agit bien comme l'indique le titre d'une modification de la donnée initiale de l'autorité en charge du tourisme, sur la base des entrées sur le territoire, pour les colonnes de 2007 à Average. Le lien internet renvoie bien vers ces données brutes.

Par contre, la donnée plongeurs ("divers") est extrapolée à partir de ces données globales, selon un ratio qui est issu soit de communications personnelles ("au doigt mouillé" sans référence statistique), soit en référence à une étude de Anon. (2004). La technique est simple : on utilise une donnée vérifiable et donnant l'illusion de l'exhaustivité et de la vérifiabilité, et on la multiplie par un simple pourcentage, sans prendre garde à la valeur ni à la variance (incertitude) associée à ce pourcentage. Et cela construit la nouvelle donnée source de base. 

Essayons d'identifier les pourcentages appliqués sur ce tableau. C'est la discussion la plus importante et la moins développée dans ce rapport.

L'étude source de 2004 est la suivante, et elle est encore accessible sur internet à cette l'adresse :

Anon. (2004) Palau tourism economic valuation. Koror, Office of Planning and Statistics, Bureau of Budget and Planning of Palau. 48pp.

Il s'agit d'une étude publiée suite à un colloque en 2003 sur la valeur économique d'un certain nombre de biens environnementaux, notamment du fait de l'activité touristique. Elle est basée sur un questionnaire affiné par un consultant de la Banque Mondiale, 2 consultants de Nature Conservancy (une grosse ONG environnementale) et des permanents du bureau. Elle est basée sur 200 questionnaires, répartis selon le volume de 50 questionnaires par grandes desserte aérienne : une desserte Japan Air Lines, une desserte Far Eastern, et 2 dessertes de Continental Air Lines. L'échantillonnage n'est donc pas proportionnel aux différents flux, les auteurs nous indiquent en effet que l'une des dessertes l'emporte sur toutes les autres.

Les auteurs de cette étude de 2004 précisent bien qu'il ne s'agit que d'une enquête pilote et qu'elle est destinée à être étendue sur des échantillons plus importants et mis à jour, soulignant la variabilité et donc l'incertitude des réponses.

La référence utilisée se trouve dans le tableau 3 de cette étude, à cheval entre la page 5 et 6. Pour 200 enquêtés, il donne la ventilation des occupations des enquêtés sur différentes activités, leur temps de séjour et la distribue ensuite selon les pays (ce qui augmente d'autant les problèmes de faiblesse de l'échantillon à l'échelle du pays d'origine).

Tableau 3 in Anon 2004, tableau calculé à partir des données non modifiées, mentionnées comme échantillon pilote et trop faible.

 IndicateurGlobal
 USA
GUAM - CMNI Japan  Taiwan Autres
 Taille échantillon
 200 3014
 58 50 48
 dont plongeurs
 58%70%
21%
 91%22%
56%
 dont apnéistes
 52% 57%29% 17% 96% 50%

Les données en pourcentage du tableau ci-dessus sont calculées à partir du nombre de plongeurs identifiés dans l'échantillon et du nombre d'apnéistes (snorkler) issus du questionnaire 2004. Ils permettent de calculer un pourcentage, c'est-à-dire le taux de touristes qui vont, en 2004 selon l'échantillon et selon les origines géographiques, pratiquer une activité de plongée. Le tableau ci-dessous qui recalcule ces taux pour l'étude 2010 nous permet de voir quels sont les ratios de l'étude 2004 qui ont été repris dans l'étude 2010. Les ratios 2004 utilisés en 2010 sont mis en exergue en gras dans le tableau ci-dessus, et la taille de l'échantillon total des touristes, plongeur ou non, en rouge (sur les 200 enquêtés à cette époque).

Reconstitution des ratios utilisés en 2010 et affectation par sources et incertitudes :

 PaysTouristes moyen 2007 - 2009
Plongeurs
Ratio résultant
 Sources fiabilité
 Aust/NZ 715715
100%
comm. pers.
 nulle
 Germany575
 575 100% comm. pers. nulle
 Guam 2 493
 1247 50% comm. pers.
 nulle
 Hong Kong
 381286 75% comm. pers.
 nulle
 Italy 333 333 100% comm. pers.
 nulle
 Japan 28 635 26 058 91% Anon. 2004
 très faible, sous échantillonnée et décalage temporel
 Korea 13 846
 692 5% comm. pers.
 nulle
 Micronesia 1 020
 0 0% comm. pers. nulle
 Philippines 1 222
 0 0% comm. pers. nulle
 China 479 0 0% comm. pers. nulle
 Taiwan 21 755
 4 786
 22% Anon. 2004
 très faible, sous échantillonnée et décalage temporel
 Russia 411 411 100% comm. pers. nulle
 Switzerland 184 184 100% comm. pers. nulle
 UK 366 366 100% comm. pers. nulle
 USA Mainland
 5 461
 3 823
 70% Anon. 2004
très faible, sous échantillonnée et décalage temporel
 Other Europe
 994 994 100%comm. pers. nulle
 Others 904 506 56% Anon. 2004
 très faible, sous échantillonnée et décalage temporel
 Total 79 774
 40 976
 51% somme 

Les taux appliqués sur communication personnelle montrent bien le côté "doigt mouillé", où lors d'un entretien qui dure 1 heure en général, on demande à un fonctionnaire déconnecté du terrain son sentiment personnel, par pays d'origine, sur le fait que le touriste concerné va, ou non, faire une activité de plongée, et la quantifie...

Quant aux pourcentages issus de l'enquête de 2004, qui n'avait que vocation de pilote, ils sont employés sur la base d'une population à  échantillonner très importante, et donc offrant un taux d'échantillonnage très faible, avec 6 années de décalage par rapport à l'enquête. Pour le Japon, la population à échantillonner est de 28 635 individus et l'échantillon représente 58 individus, soit un taux d'échantillonnage de 0,2%. Comme pour Taiwan.  Et pour les USA le taux d'échantillonnage est de 0,5%. Pour Guam, le ratio de touristes plongeurs en 2004 est de 22%. L'auteur en 2010 le corrige à 50%.

Les taux d'échantillonnage sont bien trop faibles pour pouvoir en tirer quoi que ce soit. Et on ne parle pas ici des biais associés à l'enquête elle-même en 2004. Comment cela se passait-il concrètement ? Un ou une enquêtrice souriant(e) portant un teeshirt "ocean survey" avec un requin qui alpaguait les touristes à la descente ou à l'embarquement ? Quel échantillon cela sélectionnait-il de façon indirecte ? Les touristes les plus intéressés par les questions océaniques ? Ceux qui parlaient anglais uniquement ?

On ne peut que constater l'impossibilité de déduire dans cette étude  le nombre de touristes plongeurs à partir des données officielles de fréquentation touristique. Tout indicateur calculé à partir de celui-ci sera donc faux par essence.

Pourtant, cela sera le point de départ et la colonne vertébrale de cette étude.

b) les autres hypothèses techniques


Dans l'étude 2010, les autres données de base du calcul sont fournies dans deux tableaux, pp 14 et 15. Listons rapidement les différents indicateurs les plus stratégiques concernant le calcul et leur degré de faiblesse :
  • Le nombre de touristes plongeurs :40 976; Incertitude totale sur cet indicateur
  • Revenu annuel d'un pêcheur : 23 800 US$/an; Sur la base d'un échantillon de 21 pêcheurs enquêtés une fois sur les 2 mois seulement, résultant d'un nombre théorique de jours de pêche de 4 jours par semaines par 50 semaines actives. Cet indicateur ne veut strictement rien dire, avec de telles incertitudes ! rien qu'en nombre de jours de mauvais temps, le ratio de 50 semaines actives par an est totalement faussé. Et il ne s'agit ici que des pêcheurs locaux, et non pas des flottilles étrangères sous licences de pêche.
  • Le nombre de touristes non plongeurs déterminé par la différence entre le total et les non plongeur : tout autant incertain que le premier indicateur.
  • Nombre de requins : 100 : (pile !!! ) . basé sur un avis d'enquêté, sur son avis sur l'observation de requins simultanée sur les 5 sites principaux et après enquêtes auprès des principaux opérateurs touristiques (pas de comptages objectifs simultanés, seulement un point de vue, et des chiffres de mémoire extrapolés d'un entretien d'une heure à une année, à l'échelle de 20 enquêtés). Ceci n'a aucune valeur, malgré le verni scientifique et le côté rassurant de la formule associée.
  • Shark Diving Parameters : Nombre de Shark divers / nombre total de plongeurs. Le deuxième indicateur est incalculable (cf. point 1 et 2) et le premier est basé sur les enquêtes de deux mois des opérateurs touristiques où 21% des touristes plongeurs enquêtés affirment qu'observer les requins est leur motivation principale ou spécifique à venir à Palau faire de la plongée.
  • ...
Les taux d'échantillonnage et les modalités de l'enquête sont présentés dans l'encadré suivant pour l'étude 2010 :

Précisons que les chiffres qui vont paramétrer les données économiques de revenus par plongeurs, ou le nombre de requins, sont obtenus par entretien en face-à-face. C'est-à-dire que l'on demande l'avis à l'enquêté. Il ne s'agit pas d'une mesure objective par un observateur autonome ou embarqué (par exemple par un comptage des requins observables).

Les données chiffrées sur les retombées économiques sont acquises par l'enquête des 216 touristes (plongeurs et non plongeurs). Le nombre de plongeurs sur l'échantillon 2010 des 216 touristes de cette étude ne dépasse jamais 25 % (cf diagramme ci-dessous issu de la p23) ! Alors même que dans les ré-estimations sur la base du nombre total de touristes avec des données 2004 et des communications personnelles, le nombre de plongeurs constitue 51% des touristes (cf. tableau précédent sur les ré-estimations des ratios). Les auteurs de 2010 utilisent largement les autres données issues de leurs 216 enquêtes. Sauf ce paramètre. Et pourtant, il indique une divergence majeure entre les données 2010 et 2004 sur le pourcentage de plongeurs parmi les touristes enquêtés. Ce point ne fait pas l'objet d'interprétation ou de questionnement critique dans le rapport 2010, ni dans sa reprise dans la publication scientifique, avec comité de lecture, en 2012.


c) in fine, tout revient à deux indicateurs à très forte incertitude


Il est inutile de passer en revue la totalité des autres paramètres, qui utilisent directement ou indirectement des références 2001 ou 2004, dont on a vu les incertitudes du fait du caractère pilote de l'étude 2004, ou qui valident comme données objectives quantifiées de simples dires d'acteurs. Car en final, l'incertitude maximum pèse sur les revenus totaux issus du shark tourisme, qui sont rapportés à la population totale de plongeurs comme l'indique la capture ci-dessous (p 21 de l'étude 2010) :


Recensons simplement tous les indicateurs qui reposent dans cette étude soit sur le nombre de touristes qui pratiquent la plongée, soit sur le nombre de requins observé par journée :
  • Le revenu annuel lié à l'observation des requins comme montré ci-dessus (indicateur BRS)
  • Le nombre de touristes non plongeurs et leurs revenus associés
  • Le paramètre de plongeur pour les requins
  • Les taxes dégagées à partir des plongeurs pour les requins (dégagées à partir de l'indicateur précédent) et derrière l'intégralité des indicateurs liés, et donc les revenus fiscaux in fine de l'activité Shark Diving
  • Les revenus totaux de l'activité de plongée au Palau, et parmi elle ceux liés à l'activité Shark tourisme. idem pour la valeur économique totale de la plongée.
  • ...
Les montants tirés de cette enquête sont donc totalement faux, car ils sont tous basés directement ou indirectement sur au moins deux indicateurs critiquables uniquement à partir de l'examen de la bibliographie (et ce sans critiquer les revenus individuels identifiés par l'enquête) : le nombre de touristes plongeurs, le nombre de requins observables par journée.

Les incertitudes données par les auteurs

Les auteurs précisent les incertitudes suivantes :

  • La durée des séjours pouvant conduire à une surestimation des retombées individuelles par touriste plongeur pour les requins
  • l'absence de touristes taiwanais dans l'échantillon alors que le tableau 1 en fait un groupe important (selon les données 2004). [Ce qui d'ailleurs aurait dû questionner les auteurs sur à la fois la question de la validité du tableau 1, et de la permanence dans le temps d'une clientèle de Shark tourisme.]
  • Le nombre de requins observables par jour : il est possible qu'il y ait l'observation du même requin dans la même journée sur plusieurs sites.
  • une sous-estimation selon eux des retombées économiques liées à la plongée occasionnelle des touristes non identifiés réellement comme plongeurs
  • Les indicateurs ayant été récoltés par l'enquête font l'objet d'une moyenne et d'un intervalle de confiance.
Les auteurs ne questionnent jamais la donnée "nombre de plongeurs" qui est la principale et la plus forte variable et source d'erreurs, compte-tenu des choix de formules retenues. Dans une analyse de chiffres d'affaire, multipliant le prix unitaire par le total d'unités, cela ne revient qu'à faire porter la discussion sur les prix unitaires, jamais sur les quantités. Ils n'ont jamais non plus essayé de croiser cette information avec les revenus directs estimés auprès des opérateurs touristiques spécialisés qui auraient pu leur donner un nombre de touristes spécialisés annuels.

En conséquence, les moyennes et les intervalles de confiance qui sont présentés ne portent que sur les données économiques d'un seul indicateur (celui économique), qui sera ensuite multiplié par le nombre de plongeurs sans évaluation de l'incertitude, et donnent l'illusion d'avoir pris en compte l'intégralité de l'incertitude.

Les conclusions

Un certain nombre de tableau de synthèse qui peuvent caractériser les touristes enquêtés peuvent avoir un intérêt ponctuel. Mais ce ne seront pas ces éléments qui vont être mis en avant ni dans le résumé de l'étude, ni dans la communication relai par PEW et les journaux grands publics touchés par cette communication.

Les conclusions vont immédiatement à l'intérêt du développement écotouristique sans pêche de requins :

  • "retombées en matière de PIB : 8 % du PIB, pour une valeur de 18 Millions US$ par an de dépenses dans l'économie de Palau" - deux fois surestimé  si on s'en tient aux données de leur échantillon (<25% contre 51% dans tableau 1) et incalculable sur la base du tableau 1.
  • "retombées par requin : 179 000 US$" : total des revenus incertain, nombre de requins incertains.
  • "extrapolation des revenus sur la durée de vie d'un requin : 1,9 Millions US$" idem, pour la même raison qu'au dessus.
  • "Contribution à l'économie locale de part les salaires : 1,2 M US$" : incertain, formule basée sur leurs propres ré-estimations, basées sur le nombre de plongeurs, [au lieu d'une enquête auprès des opérateurs]
  • "Revenus fiscaux directs au gouvernement de Palau : 1,5 Millions US$" : incertain du fait des incertitudes sur le total des revenus paramétrés sur le nombre total de plongeurs dont on déduit le nombre de plongeurs observateurs de requins.
  • "Revenu du pêcheurs : 10 800 US$" : totalement non justifié dans le corps du document sur les faits réels et ne fait pas mention du type de pêcherie (local ou extérieur) ou d'un détail de calcul réaliste. Il ne mentionne pas les revenus des licences de pêche étrangères payés directement à l'Etat.

Ce mémoire de fin d'études sera ensuite publié au sein d'Elsevier en 2012. Vous pouvez-voir que rien ne change au niveau de la présentation des résultats. Ce qui interroge sur l'évaluation par les pairs de ce mémoire de fin d'études à fortes incertitudes sur les résultats, qui devient ensuite une publication officielle et qui va nourrir d'autres travaux scientifiques, et surtout le discours lobbyiste de PEW. Voici le résumé de la publication.

"Our study quantifies the value of a tourism industry based on shark diving. Using data collected from surveys, as well as government statistics, we show that shark diving is a major contributor to the economy of Palau, generating US$18 million per year and accounting for approximately 8% of the gross domestic product of the country. Annually, shark diving was responsible for the disbursement of US$1.2 million in salaries to the local community, and generated US$1.5 million in taxes to the government. If the population of approximately 100 sharks that interact with tourists at popular dive sites was harvested by fishers, their economic value would be at most US$10 800, a fraction of the worth of these animals as a non-consumptive resource. Fishers earn more selling fish for consumption by shark divers than they would gain by catching sharks. Shark diving provides an attractive economic alternative to shark fishing, with distribution of revenues benefiting several sectors of the economy, stimulating the development and generating high revenues to the government, while ensuring the ecological sustainability of shark populations."

Cette publication a ensuite été citée dans plus de 56 publications scientifiques.

La communication sur les résultats de l'étude

Faits antérieurs : création d'un skark sanctuary en 2009.

25 septembre 2009 : http://news.nationalgeographic.com/news/2009/09/090925-sharks-sanctuary-palau.html

Ce travail a connu 2 vies : la première, lors de la parution du mémoire de fin d'études, en 2011. La seconde, lors de sa publication dans la revue Biological Conservation Elsevier en 2012.

2 mai 2011, NYT http://www.nytimes.com/2011/05/02/science/earth/02shark.html?_r=0

2 mai 2011 : http://www.pewenvironment.org/news-room/reports/million-dollar-reef-sharks-85899359220

5 mai 2011 : http://ecoloptimiste.over-blog.com/article-australie-et-palau-le-requin-qui-valait-2-millions-73239078.html

28 novembre 2011 : http://www.20minutes.fr/planete/831828-requins-predateurs-proies-menacees

Nombreuses publications à la même date du fait de l'activité de communication de PEW.

Exploitation en marge de la crise sur les attaques de requins à la Réunion :

Avril 2013 : http://www.knowckers.org/2013/04/guerre-de-l%E2%80%99information-autour-des-attaques-de-requins-a-la-reunion/

En marge de l'interdiction de pêche aux requins en Nouvelle Calédonie

23 avril 2013 : http://www.neo-planete.com/2013/04/25/plus-de-peche-aux-requins-en-nouvelle-caledonie-shark-feeding-monaco-blue-initiative-musee-oceanographique-de-monaco/

Valorisation de l'étude en marge de la réunion 2013 de la CITES (espèces protégées) :

juin 2013 : communication de PEW sur l'impact économique de la protection des requins :  http://www.pewenvironment.org/uploadedFiles/CITES%202013%20Year%20of%20the%20Shark%20Fra.pdf

1er juin 2013 : communiqué de presse de PEW repris in extenso par Reuters comme source "vérifiée". Le CP est sur une étude du projet Sea Around Us (Université de Colombie Britannique financé à 20 M US$ par PEW) qui extrapole les données de l'étude de 2010 : http://www.prnewswire.com/news-releases/lecotourisme-des-requins-pourrait-doubler-aux-cours-des-vingt-prochaines-annees-selon-une-etude-209748901.html

3 juin 2013 : Good planet : http://www.goodplanet.info/actualite/2013/06/03/un-requin-vivant-vaut-plus-qu-un-requin-mort/

4 juin 2013 : http://www.abc.net.au/news/2013-06-04/anshark-tourism-worth-more-than-shark-fisheries/4731406

12 juin 2013, Scientific American : http://blogs.scientificamerican.com/expeditions/2013/06/12/an-interconnected-environment-and-economy-shark-tourism-in-palau/

Valorisation suite à la déclaration du Président de Palau pour justifier l'interdiction de pêche étrangère dans l'intégralité de sa ZEE (y compris la pêche thonière, la pêche requin étant une capture accessoire des flottilles palangrières asiatiques, véritable cible de l'activité de PEW ?)

7 février 2014 : http://www.abc.net.au/news/2014-02-06/an-palau-declares-marine-sanctuary2c-bans-all-commerical-fishi/5241742

26 mars 2014 : http://thefern.org/blog_posts/palau-to-ban-commercial-fishing-protecting-sharks-and-tuna/