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bio CN

CN est très prolixe sur certains pans de sa vie, participant ainsi de la statégie de personnalisation. Pour ne pas perdre le fil, archivage ci-dessous des articles principaux les plus clairs sur les faits. Et reprise en tête d'article des éléments récurrents et analysés.


Bio reconstituée [selon les éléments qu'elle présente elle-même]

- en cours -

La bio de CN selon Isabelle Autissier - 2009

CN par Isabelle Autissier*. La navigatrice-écrivaine fait découvrir une réalisatrice de films animaliers qui milite pour la défense du monde des profondeurs marines.

Elle parle sans reprendre son souffle. Certains de ses mots ont l’étrange consonance d’une ferveur de premier chrétien. Elle dit : amour, mission, générosité, souffrance, partage. Mais si chemin de Damas il y a, celui de CN est passé par l’aquarium de Monterey (Californie). C’est là qu’elle a eu la révélation de la beauté du monde. Ou plutôt de sa version la plus inconnue, la plus sombre et la plus profonde : la vie dans les abysses.

Il y avait de solides présages à une vie d’aventure. Une enfance balancée de l’Algérie au Poitou, de Paris à Hongkong et le goût des langues étrangères (anglais, allemand, espagnol, chinois et russe) choisies en fonction du nombre de locuteurs. Mais l’affaire a failli s’enliser au terme de ses études d’histoire, d’une obscure thèse de numismatique et d’un mariage précipité à Las Vegas. Un épisode de sept mois de balade en Amérique du Sud va la ramener à la nature. C’est décidé, elle fera carrière dans le film animalier, tour à tour assistante, réalisatrice puis productrice.

Est-ce d’avoir frôlé la mort en attrapant la fièvre du Nil puis la dengue, au cours d’un tournage en Afrique, qui lui donne ce sentiment d’urgence et cette empathie pour les obscurs et les faibles ? En visite à l’aquarium de Monterey, c’est le coup de foudre, la fascination pour ces êtres éthérés, filaments de lumière, corpuscules multicolores, voiles délicats au lent ballet. Là est la dernière frontière, un univers parallèle que la vie a forgé en secret et que nous connaissons moins que la surface de la lune. CN sera la porte-parole de ce monde des profondeurs marines.

Elle qui a compris depuis longtemps que l’on ne protège que ce que l’on aime, mais aussi qu’être loin des yeux c’est vite être loin du cœur, se lance dans la croisade. Car ces mondes sont menacés d’être détruits avant même d’être connus. La pêche profonde rôde, avec ses chaluts massacreurs, l’exploitation des minerais et du pétrole des abysses est pour demain, déjà les calamars des grands fonds sont bourrés de toxines de fabrication humaine. Personne ne porte intérêt à ces bestioles extravagantes, sauf quelques savants. Alors elle court vers eux, toutes affaires cessantes. Elle saute d’un laboratoire à l’autre pour faire parler ces hommes de science, leur faire exhumer photos et témoignages, les suivre en mission.

Le 4 octobre 2006, elle trouve le saint Graal. CN est admise à une plongée à plus de 1 000 mètres par Marsh Youngbluth, de l’institut californien MBARI. Eblouissement absolu. Pendant les trois semaines qui suivent, elle n’en dort plus. Elle ne peut même pas en parler, seules les larmes lui viennent aux yeux. Mais ce n’est pas que la joie d’avoir été admise dans ce saint des saints qui l’a saisie, c’est tout autant la détresse profonde de savoir ses nouveaux amis condamnés à mort. «Gâchis écologique, économique et social», clame-t-elle. Pour seulement 285 bateaux dans le monde, à peine quelques centaines de salaires, on détruit un réservoir de biodiversité. Pire encore, la recherche dans les abysses est une quintessence de la créativité que l’on brade. Pour seulement observer ces organismes, qui survivent dans le noir à des pressions formidables de l’ordre de plusieurs milliers de fois la pression atmosphérique, il faut renouveler tous les concepts scientifiques. La belle (châtain aux yeux bleu-gris) va vouer sa vie aux bêtes des profondeurs.

Bon sang ne saurait mentir. CN a en grande partie été élevée par son grand-père. De cet ancien minotier ruiné, à la morale indéfectible, cultivé, impliqué dans tous les combats de son temps, elle tire son mental de guerrière. Mais comment ne pas se sentir écrasée par cette impossible lutte, ne pas se sentir seule à porter la misère du monde océanique ? CN mise sur deux armes. La première, c’est l’éducation, un investissement sur le long terme qu’elle développe à partir de l’association Bloom qu’elle a fondée en 2004. CN est aussi l’organisatrice de l’exposition «Abysses» et vient d’initier un spectacle de marionnettes Dernières Nouvelles de la mer.

Son arme numéro 2 relève du coup de poker, c’est le lobbying auprès des puissants. La recette pour être admise dans les cercles du pouvoir ? En 2006, sort son livre Abysses, sublime compilation de photos de sa faune préférée, éclairée de textes scientifiques. C’est un succès mondial, traduit en dix langues. Elle l’envoie à Nicolas Sarkozy accompagné d’une lettre où elle fait honte à la France de participer au massacre. Elle est reçue par un proche conseiller du Président. Sait-elle séduire par son regard direct, son absence d’ambition personnelle, son charisme océanique ? Elle marque des points. La proposition française de mise en réserve des zones méditerranéennes au-dessous de 1 000 mètres de profondeur porte sans conteste le sceau de CN. Ambassadrice de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), amenée à s’exprimer à l’OMC, elle délaisse ses passions pour la musique baroque, le hip-hop, et s’évite même la fondation d’une famille.

Les grands fonds l’amènent à la défense de toute la biodiversité océanique. Au Grenelle de la mer, elle ravale ses larmes, désespérée des résistances des pêcheurs sur le développement des réserves marines, les dangers du chalutage ou le système des subventions. Mais aussitôt après, elle reprend espoir quand se décident la protection de 20 % de nos zones de souveraineté nationale ou le plan d’arrêt de la pêche au requin-taupe.

Et quand l’égoïsme du monde, l’obscénité de l’individualisme la découragent, elle se réfugie dans «sa famille», auprès de ses frères du WWF, de Greenpeace, de Shark Alliance, autour d’une bouteille de saintestèphe ou mieux de cornas. Elle s’adonne à son luxe suprême : la lecture d’un bouquin de philo quelque part sur l’île d’Houat ou une balade en trimaran.

En 2006, elle était sur l’île thaïlandaise de Kophiphi, elle a réussi à porter son neveu sur ses épaules pour échapper au tsunami. Depuis, elle sait que l’épouvante est à nos portes et que la vie n’est rien. Comme tous les pessimistes, elle a intégré qu’il n’est pas besoin d’espoir pour agir. Elle est sûre que si nous perdons le combat de la biodiversité, le reste est mal engagé, mais croit encore à une intelligence collective qui s’exprimera quand l’homme sera dos au mur. Le «développement» durable n’est à ses yeux qu’un progressisme honteux, une administration du désastre qui ne dit pas son nom. Elle rêve d’inverser la trilogie du succès de nos sociétés modernes : argent / pouvoir / biens matériels, pour se rapprocher de la directive de Gandhi : «Vivre tous simplement, pour que tous puissent simplement vivre.»

 

* Isabelle Autissier a écrit "Seule la mer s’en souviendra" (Grasset) ; "Homo loquax", pièce musicale créée avec l’Orchestre de Radio France.

Sa bio autoprésentée dans l'AFP - 2013


PARIS (AFP) - Avec la maîtrise de six langues dans sa besace, CN a d'abord sillonné la planète pour réaliser des documentaires animaliers avant de fonder l'association Bloom et de devenir l'une des figures de proue de la défense des grands fonds marins, menacés par la pêche industrielle.

Son engagement lui a valu d'être désignée "Femme de l'environnement 2012" lors des Trophées des femmes en Or de Courchevel (Savoie).

Son combat: peser sur la réforme de la politique de la pêche commune, alors que l'Europe épuise trop ses stocks de poissons, et durcir le règlement sur la pêche profonde pour bannir les chaluts qui "raclent" les fonds des océans.

"La science est unanime sur les dégâts", se désole-t-elle, ajoutant: "On a bien interdit la pêche au chalut en Méditerranée au-delà de 1.000 m ou complètement aux Açores, à Madère et aux Canaries".

Ses yeux bleus se durcissent soudain lorsqu'elle évoque la position de la France sur ces sujets: "C'est honteux, les députés français européens ont été les seuls socialistes à voter en février contre la proposition du Parlement" visant à mettre fin à la surpêche d'ici 2015.

"C'est la défense des lobbys plutôt que des pêcheurs", lâche cette femme de 39 ans aux allures de grande adolescente mais à la détermination de fer.

Allers-retours réguliers à Bruxelles, dossiers épluchés parfois jusque tard dans la nuit, perpétuelle course pour le financement d'études scientifiques, conférences données dans des universités de Paris, Genève et aux Etats-Unis: la vie de CN est à la fois un tourbillon et, de son propre aveu, un "quasi sacerdoce".

Mais, face à un monde trop souvent "désespérant", l'action est sa réponse. Quelques victoires venant parfois alimenter cette soif de "faire bouger les lignes": procès gagné contre le groupe Intermarché pour publicité mensongère l'été dernier, décision de Bruxelles de protéger les requins pêchés pour leurs seuls ailerons, satisfaction "d'imposer davantage l'avis des scientifiques".

Avoir des relais

Pour souffler, cette native de Bordeaux à l'enfance nomade (Algérie, Hong-Kong) écoute Beethoven et s'accorde un mois en août, en partie consacré à naviguer.

Sa dévotion aux profondeurs des océans remonte à 2001 lorsque, lors d'un repérage, elle découvre à Monterey (Californie) que des robots plongent à 4.000 mètres et rapportent des images d'une vie insoupçonnée, riche d'animaux inconnus. "Presque des extra-terrestres", glisse-t-elle.

Suivra un livre composé des photos des meilleurs spécialistes pour faire découvrir ce monde de l'obscurité océanique, qui n'a rien d'un désert biologique. L'ouvrage intitulé "Abysses" (2006) sera traduit dans une dizaine de langues et vendu à 150.000 exemplaires. Une exposition éponyme débute à Paris en 2007 et continue aujourd'hui à circuler dans le monde.

Pourtant CN en fait un surprenant bilan: "L'écho médiatique a été très fort, j'ai eu une page dans le New York Times... mais je me suis plantée".

Elle s'explique: "Je croyais que l'on pouvait changer le monde en faisant de la pédagogie (...) j'ai appris qu'il fallait aussi toucher les politiciens, avoir des relais", ajoute-t-elle.

Bloom est né en 2004 de ce constat. Basée à Paris, l'association est une petite cellule, avec une antenne à Hong-Kong.

Via les droits d'auteur, "Abysses" assure encore aujourd'hui une autonomie financière à sa commissaire. Pourquoi pas une grande ONG? "Je les trouvais trop radicales ou trop molles, je m'en méfiais", confie-t-elle. Elle travaille aujourd'hui en partenariat avec elles et se dit "plutôt +hulotiste+, dans le sens où il faut aller chercher la bonne volonté là où il y en a".