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Apocalypse in world fisheries, the reports of their death are greatly exaggerated

Lien vers l'article html : http://icesjms.oxfordjournals.org/content/68/7/1375.full

Daan, N., Gislason, H., Pope, J. G., and Rice, J. C. 2011. Apocalypse in world fisheries? The reports of their death are greatly exaggerated. – ICES Journal of Marine Science, 68: 1375–1378.

copyright : ICES.

Résumé de l'article et des analyses :
Les articles diffusés par Boris Worm et repris par Daniel Pauly , qui ont permis de diffuser dans les médias une image d'une apocalypse des poissons pour 2048 sont faux, et pour plusieurs raisons qui en font autant un outil de propagande qu'une construction intellectuelle théorique :
  • la théorie utilisée construit un cadre d'hypothèses et de critères de jugement faussé. Que ce soit par la construction de l'indicateur (écroulé, surexploité,pleinement exploité, en développement) qui fait que des situations ne peuvent pas être rencontrées aujourd'hui. Ou que ce soit par les seuils (10%, 50%) qui permettent de passer d'un état à l'autre qui ne sont pas justifiés. On amène donc le lecteur dans un cadre théorique, avec l'utilisation de seuils "médiatiques" sans portée scientifique mais qui marquent les esprits et construisent un consentement intuitif (la moitié, 10%) par la proximité avec des seuils acceptés intuitivement.
  • Ce cadre d'hypothèse qui définit des états/statuts des stocks utilise un vocabulaire qui ressemble à l'analyse classiques des stocks, mais en y mettant une signification différente. Non seulement les auteurs scientifiques du Sea Around Us et sympathisants construisent un cadre théorique "hors sol", mais en plus leur conclusions copient les termes techniques des approches prouvées, mais lourdes, construisant une illusion de similarité. Ce qui permet une diffusion de leurs conclusions en faisant croire que leurs conclusions sont fondées sur les analyses classiques, notamment par l'emploi du terme "surpêche".
  • Les jeux de données (statistiques mondiales de captures) sur lesquels ils travaillent sont facilement accessibles, mais sont entachés d'erreurs importantes pour l'usage qu'ils veulent en faire et sur la durée concernée. Cette facilité d'accès permet de produire là-aussi des analyses hors sols, globalisantes, à peu de frais. Et parce que les données sont mondiales, elles permettent de donner l'illusion d'une certitude. Et permettent la construction d'outils médiatiques à couverture mondiale comme des cartographies de situation mondiale, et donc de servir à de multiples campagnes de communication, quelle que soit la zone et l'état ou l'efficacité de sa recherche halieutique.
  • L'utilisation de jeux de données aléatoires arrive aux mêmes résultats que la modélisation des auteurs de l'apocalypse. Ce qui montre un défaut conceptuel majeur. Quelle que soit la situation de terrain, le modèle théorique construit amène aux mêmes tendances, du fait de la conception même des indicateurs.
  • L'usage même de statistiques de captures de pêche pour en déduire l'état du stock et de la biomasse est critiquable. En effet, si l'évolution des captures "parle" au grand public, elle ne rend pas compte de la santé du stock. Des évolutions de capture à la hausse peuvent être liées à une mécanique de surpêche (on capture plus que ce qui est durable). Des évolutions des captures à la baisse peuvent être le reflet d'une politique de gestion (fermeture de pêcherie, limitations volontaires par des quotas qui maintiennent les niveaux de captures à un seuil durable, ou permettent de reconstituer un stock). Au contraire, les indicateurs promus par les auteurs revient à considérer un maximum de capture historique comme nécessairement le maximum durable de la production, ce qui n'est pratiquement jamais le cas. 
     
Cette critique est également écrite et publiée par des auteurs scientifiques. Elle montre que la critique existe, et en l’occurrence qu'elle est justifiée par des arguments scientifiques. Et ce sans que le soutien médiatique ne permette qu'elle ne diffuse. Si on utilise d'autres termes que ces scientifiques qui sont tenus à une réserve vis-à-vis de collègues, on peut dire en des termes plus clairs, que ces travaux utilisés en science-based-lobbying sont très discutables sur leur valeur, et, qu'associés à une intense machine médiatique, qu'ils relèvent de la manipulation des opinions et à la création de certitudes.

Présentation succincte de l'article


Cet article se pose en contre face à la thèse développée par les scientifiques de l'école du Sea Around Us et de l'université d'Oregon, financés par PEW, Pauly et Worms, qui nous annonçait en 2006 la fin du dernier poisson pour 2048. Cette thèse a été reprise à l'envie par tous les éléments du science-based-lobbying alimentés par PEW, écrivains auto promus scientifiques de circonstance ou scientifiques avides de caméra et de plans serrés. La France n'a pas échappé à ces prêtres de l'apocalypse.

Mais voilà, les articles contradictoires à cette thèse de l'écroulement et de la disparition des poissons existent mais ne sont pas cités. Alors que les articles de la thèse catastrophique l'ont été près de 1500 fois, grâce à la machine de communication déployée par PEW, dans le magnifique maëlstrom du science-based-lobbying.

Rappelons en quelques lignes quelle est l'approche qui a permis de conclure à un anéantissement pour 2048 de tous les stocks de poisson.

Les auteurs ont défini des status des stocks, en se basant sur une approche nouvelle, c'est-à-dire l'approche par les captures. Rappelons que l'état des stocks, dans l'approche classique de gestion des pêches, est faite par une évaluation de la structure de taille des poissons, des prélèvements dans le milieu qui sont réalisés par des navires de recherche et d'une modélisation qui permet de rendre compte d'une photographie de ce qu'il y a sous l'eau. Cette approche nécessite des moyens importants. Et n'est pas appliquée à l'ensemble des stocks de la planète. C'est la méthode sûre et éprouvée. Mais lourde et coûteuse.

L'approche par les captures est une approche dégradée, et les auteurs de l'article de 2011 vont nous expliquer pourquoi. En plus de ces explications techniques, d'un point de vue opérationnel, cette approche par les captures veut dire que l'on peut simplement définir un état du stock en téléchargeant les données de la FAO, qui sont gratuitement en ligne. Sans calage de terrain. Et en plus, vous verrez en lisant la définition des statuts, que cette définition des status (ou état des stocks) suppose que l'on compare les captures enregistrées dans une année à une série de données historiques de captures sur la plus longue période possible. Ce qui veut dire que l'on considère que la qualité des systèmes de collecte des informations de captures est identique sur les 60 dernières années, et identique à l'échelle de la planète, et que la couverture statistique et temporelle est identique entre tous les pays du monde.

L'approche par l'état des stocks définit sur la base des captures des statuts de stocks, avec notamment un terme commun à l'approche classique, qui est celui de la surexploitation. Sauf que la signification technique est différente. Derrière la présentation sous forme de formules mathématiques complexe, la définition accessible à tous de leurs états du stock est la suivante:
  • un stock est dit non développé dans une année n si les captures de l'année sont inférieures à 10% du maximum des captures jamais observé, et si l'année est antérieure à l'année du maximum observé. Logiquement, cela veut dire qu'on ne peut s'adresser qu'à une situation du passé, et cela suppose qu'on a observé un maximum. Si on n'a pas observé de maximum, de facto la dernière année doit être considérée comme le maximum. Autrement dit, on ne peut jamais avoir aujourd'hui un stock non développé. Par essence. Par la nature même de la définition de l'indicateur.
  • un stock est dit en développement dans une année n, si les captures de l'année sont comprises entre 10% et 50% du maximum des captures jamais observé, et si l'année est antérieure à l'année maximum. Même remarque que pour le point précédent, par la construction de cet indicateur, en le couplant au critère de l'année antérieure à une date, on ne peut logiquement jamais être aujourd'hui dans une situation de stock en développement.
  • un stock est dit pleinement exploité dans une année n, si les captures de l'année sont supérieures à la moitié du maximum des captures jamais observé.
  • un stock est dit surexploité dans une année n, si les captures de l'année sont comprises entre 10 et 50% du maximum jamais observé, et si vous êtes dans une année supérieure à l'année maximum. 
  • un stock est dit écroulé/anéanti dans une année n, quand cette année est postérieure à l'année du maximum observé, et quand les captures de l'année sont inférieures à celles du maximum observé.


Dans cet article scientifique, les auteurs vont pointer les défauts de cette thèse en reprenant toutes les sources d'erreur :

  • premièrement : des défauts techniques majeures dans les modèles utilisés. En reprenant les hypothèses de calcul de Worm en 2006, et en refaisant leur calcul avec des jeux de données aléatoires, il apparait que la définition des status des différents stocks (anéanti, surexploité, pleinement exploité, en développent, sous exploité) conduit aux mêmes résultats quel que soit le jeux de données. Intrinsèquement, la définition des indicateurs amènera toujours à la même conclusion.
  • Deuxièmement : des défauts conceptuels. L'usage des statistiques de capture est critiquable en tant que tel pour estimer la biomasse du stock, car il existe de multiples raisons de variation des captures qui ne sont pas liées à la santé du stock, ou qui ne permettent pas de déduire l'état de santé d'un stock au regard de seuils précis.
  • Troisièmement : des défauts de modélisations. Dans la définition des indicateurs, les seuils de 10% et 50% n'ont jamais été justifiés. Deuxièmement, de par les critères choisis, la question de la longueur de la série historiques à prendre en compte influence grandement les conclusions en dernière année, comme le montre la simulation avec données aléatoires. On est plus proche d'une situation catastrophique quand on travaille sur une cinquantaine d'année.
Enfin, dans la discussion de l'article de critique, il apparaît que les variations de tendances des captures ne sont pas liées à l'état du stock, voire sont totalement opposées (un maximum de capture correspond généralement à un niveau non durable) et une baisse de production a de nombreuses causes non liées au stock (mesures de gestion, météo, évènements exceptionnels). Déduire des tendances du stock (de sa biomasse) à partir des captures sur une longue durée ne veut donc rien dire.

Eléments complémentaires non développés par les auteurs, parce qu'évidents pour eux :
  • Critiques des données FAO sur une longue série de données historiques et en approche globale : Le jeu de données FAO pris dans sa globalité et sur une durée d'une cinquantaine d'années présente des biais majeurs. En premier lieu, sur cette durée aucun des systèmes de renseignements des captures n'est identique entre eux, ni avec lui même entre le début de la période et la fin de la période. Le nombre de stocks suivis n'est pas le même entre le début et la fin, par absence d'efficacité constante du système de recueil de l'information. En clair, les systèmes d'information se sont améliorés avec le temps. Les captures renseignées elles-mêmes sont soumises à interrogations. Dans les pays qui ont été administrés sur cette période par une économie soviétique planifiée, les captures étaient aussi soumises à des plans de production politiques. Les statistiques communiquées à la FAO étaient donc le reflet de cette planification administrative.
  • Explicitation sur les tendances des évolutions de captures (captures maximum et captures en décroissance dans un processus de gestion). - à venir -